Suis-je
en proie à une hallucination ? Un cercopithèque moustac en train d'épouiller un cercopithèque hocheur !! Mais oui, c'est bien cela ! Encore une caractéristique
étrange des cercopithèques : bon nombre d'entre eux vivent en groupes formés de
plusieurs espèces ; on parle de groupes
"polyspécifiques". Décidément, on ne s'attarde pas sur la
différence par ici ! Ou plutôt : on est très sensible à tous les avantages que
peuvent nous apporter ceux qui sont différents de nous.
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| Cercopithèque moustac (Cercopithecus cephus, à droite) en train d'épouiller un cercopithèque hocheur (Cercopithecus nictitans, à gauche) |
Premièrement,
lorsque des cercopithèques appartenant à différentes espèces vivent ensemble,
ils parcourent de plus grands volumes de forêts : et trouvent ainsi plus de nourriture ! (miam !) Peut-être
agissent-ils ainsi car ils se sentent plus en sécurité ensemble ?
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| Cercopithèque moustac (Cercopithecus cephus) entouré de deux cercopithèques hocheurs (Cercopithecus nictitans) |
Mais oui,
regardez les moustacs et les hocheurs : les moustacs ont tendance à vivre bas
dans les arbres, et sont particulièrement doués pour détecter les dangereux
léopards venant du sol. Leurs puissants cris d'alarme amènent leur groupe à
déguerpir au plus vite ! Les hocheurs vivent quant à eux dans de plus hautes
strates arborescentes, et sont très vigilants quant à l'arrivée de prédateurs
volants, comme les aigles couronnés. Lorsque les moustacs et les hocheurs
s'associent au sein de groupes polyspécifiques, ils sont donc mieux protégés contre les prédateurs,
venant d'en bas comme d'en haut ! Cela explique pourquoi la sélection naturelle
a favorisé les associations polyspécifiques chez les cercopithèques. Le partage
des tâches, c'est essentiel, oui oui !
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| Cercopithèque moustac (Cercopithecus cephus, à gauche) et cercopithèque hocheur (Cercopithecus nictitans, à droite) |
Les
moustacs bénéficient tout particulièrement de cette protection, car leur petite
taille les rend d'autant plus vulnérables face aux aigles couronnés. Ainsi
rassurés, ils osent même s'aventurer dans des strates arborescentes plus hautes
: où ils trouvent souvent… plus à manger ! La vie en groupe polyspécifique est
un tel avantage pour les moustacs, qu'il arrive même que plusieurs troupes de
moustacs se tolèrent au sein d'un même groupe polyspécifique. Probablement dans
l'espoir d'être la troupe qui gagnera finalement le cœur des hocheurs !
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| Cercopithèque hocheur (Cercopithecus nictitans, à gauche) en train d'épouiller un cercopithèque moustac (Cercopithecus cephus, à droite) |
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| Deux cercopithèques hocheurs (Cercopithecus nictitans, à gauche) et un cercopithèque moustac (Cercopithecus cephus, à droite) |
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| Cercopithèque moustac (Cercopithecus cephus, devant) et cercopithèque hocheur (Cercopithecus nictitans, derrière) |
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| Cercopithèque moustac (Cercopithecus cephus, à gauche) en train d'épouiller un cercopithèque hocheur (Cercopithecus nictitans, à droite) |
Et les espèces de cercopithèques qui ne s'associent pas en groupes polyspécifiques ? Elles sont moins nombreuses, mais elles existent ! Quelles stratégies ont-elles développé pour rendre leur recherche de nourriture plus efficace ? Et pour ne pas finir dans le ventre d'un léopard ou d'un chimpanzé ?!
La suite au prochain article !
Référence : Annie Gautier-Hionn. Polyspecific
associations among forest guenons: ecological, behavioural and evolutionary
aspects. A primate radiation: Evolutionary biology of the african guenons,
pages 452-476