Comme ils
sont bruyants, tous ces cercopithèques arboricoles ! Et si colorés ! Leurs
groupes sont si grands ! Tsss, trop visibles, si vous voulez mon avis. Moi, je
suis bien plus discret : je m'appelle le cercopithèque de Brazza (Cercopithecus neglectus).
Certes, j'ai tout de même un croissant orange sur la tête. Mais c'est la seule petite fantaisie que je m'autorise ! Ceci mis à part, je suis le roi de la planque. Si je détecte un danger, je ne fais plus un bruit ; je peux me figer sur place, complètement immobile, jusqu'à cinq heures consécutives. Et ça marche ! Bon, pas toujours : si cela sent trop le roussi pour mon croissant, je file silencieusement sur le sol, en me perdant dans les hautes fougères.
Je suis en effet une des rares espèces de cercopithèques qui ne soit pas considérée comme arboricole : j'appartiens au groupe des cercopithèques dits
"semi-terrestres", c'est-à-dire ceux qui passent le plus clair de leur
temps au sol, et dans les basses strates arborescentes (pas plus de cinq mètres
de haut, oh non non non !). Cela me
permet notamment d'éviter tous ces grands groupes de cercopithèques arboricoles,
si visibles des prédateurs : en restant loin d'eux, je me sens plus en
sécurité.
J'emploie également une autre stratégie pour ne pas attirer l'attention : mon groupe à moi, il est tout petit ! Entre deux et six individus seulement, dont un seul mâle. Cependant, malgré toutes les précautions que je prends, il arrive parfois que mon groupe se fasse repérer : le mâle résident s'arme alors de courage et détourne l'attention du prédateur sur lui, en poussant de grands cris et en secouant violemment les branches autour de lui. Il lui arrive même d'attaquer le prédateur !
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| Cercopithèque de Brazza (Cercopithecus neglectus) |
Certes, j'ai tout de même un croissant orange sur la tête. Mais c'est la seule petite fantaisie que je m'autorise ! Ceci mis à part, je suis le roi de la planque. Si je détecte un danger, je ne fais plus un bruit ; je peux me figer sur place, complètement immobile, jusqu'à cinq heures consécutives. Et ça marche ! Bon, pas toujours : si cela sent trop le roussi pour mon croissant, je file silencieusement sur le sol, en me perdant dans les hautes fougères.
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J'emploie également une autre stratégie pour ne pas attirer l'attention : mon groupe à moi, il est tout petit ! Entre deux et six individus seulement, dont un seul mâle. Cependant, malgré toutes les précautions que je prends, il arrive parfois que mon groupe se fasse repérer : le mâle résident s'arme alors de courage et détourne l'attention du prédateur sur lui, en poussant de grands cris et en secouant violemment les branches autour de lui. Il lui arrive même d'attaquer le prédateur !
En dehors
de cette situation difficile, je ne prononce pas un mot ; discrétion, toujours ! Et même jusque dans ma manière de me nourrir : je parcours peu de distance
chaque jour, ce qui diminue le risque de faire de mauvaises rencontres. J'adapte
mon comportement alimentaire en fonction : je suis un adepte convaincu du zéro
gâchis. Et oui, je suis même un modèle écologique ! J'exploite le plus possible
les arbres que je visite. Je mange tous les fruits qui s'y trouvent, je ne
jette rien !
Pas de
gaspillage ! Contrairement à mes cousins arboricoles… Oui, oui, j'aime bien les critiquer hihi. Mais
en vérité, je dois avouer que leur exubérance et leurs belles couleurs me
fascinent ! Je me demande bien quels avantages cela leur procure, d'être si
chatoyants et voyants ?
La suite au prochain article !
La suite au prochain article !
Référence : Annie Gautier-Hionn. Polyspecific
associations among forest guenons: ecological, behavioural and evolutionary
aspects. A primate radiation: Evolutionary biology of the african guenons,
pages 452-476


